Anton Soluianov
 

Il était une fois un collectionneur un peu particulier. Ce qu’il collectionnait n’était ni timbres, ni pièces de monnaie, mais des langues étrangères. Dans sa collection, on pouvait même trouver quelques mots isolés appartenant à des peuples indigènes rares.

Le premier trésor qui fit son entrée dans sa collection fut l’allemand. Pourquoi ? Tout simplement parce que tout le monde dans sa famille apprenait cette langue, même son grand frère. Mais, malgré cette influence familiale, il n’en conserva que quelques mots, comme des reliques éparpillées.

Le deuxième joyau de sa collection fut le tatar, une langue parlée par un peuple vivant en Russie. Quelques camarades de classe, d’origine tatare, lui apprirent quelques mots qu’ils utilisaient à la maison. C’était un petit ajout à sa collection, mais un ajout précieux, chargé de diversité culturelle.

Puis arriva un poids lourd des langues du monde : l’anglais. Au début, ce n’était qu’une modeste pièce dans sa collection, bien rangée parmi les autres. Mais le collectionneur rêvait de donner à l’anglais une place d’honneur. Alors, un jour, il prit une grande décision : il s’envola pour les États-Unis. Là-bas, il travailla dur, consacrant un temps immense et une énergie incroyable pour enrichir sa collection. Grâce à ses efforts, il atteignit un niveau impressionnant, le fameux C1.

 
 

Un jour, les amis du collectionneur lui proposèrent de partir en voyage en Israël. Là-bas, il découvrit une langue fascinante, à la fois ancienne et mystérieuse, écrite de droite à gauche : l’hébreu. Intrigué par son histoire millénaire, le collectionneur décida qu’il devait absolument ajouter ce trésor à sa collection.

Il se mit donc à explorer des livres et à discuter avec les habitants locaux. Cependant, ce n’était pas une tâche facile : la langue était complexe, avec une grammaire différente de tout ce qu’il avait appris jusque-là. Malgré cela, il persévéra et finit par apprendre à lire en hébreu, même si parfois, les mots qu’il déchiffrait lui restaient incompréhensibles. Peu importait : l’hébreu avait désormais sa place dans sa collection.

L’arrivée de l’hébreu dans sa bibliothèque linguistique ouvrit une porte inattendue. Grâce à sa curiosité insatiable pour les langues sémitiques, le collectionneur s’intéressa à une autre langue, tout aussi fascinante : la darija, la langue parlée au Maghreb. Originaire des peuples amazighs vivant sous le ciel étoilé du Sahara, cette langue semblait à la fois proche et lointaine.

Le collectionneur se plongea dans les sonorités douces et chantantes de la darija. Il écoutait les récits des nomades et apprenait les mots empreints de la chaleur du désert. Bien qu’il ne maîtrisât pas la langue à la perfection, il aimait sa musicalité et la richesse de sa culture, qu’il chérissait comme un bijou précieux dans son écrin de langues.

 
 
Étant donné qu’il maîtrisait déjà l’anglais, le collectionneur fut invité à aider des enfants en Inde. C’était une occasion unique pour lui de découvrir un nouveau pays, ses diverses cultures, et bien sûr, ses langues. En arrivant, il apprit que l’une des langues officielles du pays était l’hindi. Mais ce ne fut pas cette langue qu’il ajouta à sa collection. En interagissant avec des familles locales, il découvrit le bengali, la langue parlée par une partie importante de la population. Il n’en retint que quelques expressions et mots, mais c’était suffisant pour enrichir sa collection.

Plus tard, un autre voyage l’amena en Afrique de l’Est, au cœur du Kenya. Là, le suahili, la langue nationale, dominait les conversations. Pourtant, ce n’est pas ce langage qu’il emporta dans ses bagages linguistiques. En explorant les collines verdoyantes couvertes de plantations de thé et de café, il fit la rencontre des Kisii, un peuple chaleureux et fier de leur langue. Fasciné par leur mode de vie et leur culture, il commença à apprendre les bases de leur langue, l’ekegusii. Bien que son vocabulaire soit limité, il était ravi d’avoir capturé l’essence de cette langue unique, qu’il considérait comme un trésor rare.

Chaque langue qu’il ajoutait à sa collection n’était pas seulement un mélange de mots et de sons, mais une clé qui ouvrait des portes vers de nouvelles histoires, de nouvelles relations et un monde toujours plus vaste.